Prévisions préliminaires pour la saison cyclonique 2018

J’ai encore en mémoire les images terribles de Porto-Rico, de la Dominique, mais surtout de l’île de Barbuda dévastées par Irma, Maria; c’était il y a moins de six mois et déjà une nouvelle saison cyclonique se pointe à l’horizon, sera-t-elle aussi dévastatrice ? Les conditions actuelles sur les océans atlantique et pacifique favoriseront-elles une fois de plus le développement d’ouragan meurtrier ?

Pour le moment, la distribution des températures sur le pacifique à la fois en surface et en profondeur semblerait indiquer que l’on se dirige vers une période neutre (absence de la Niňa favorable aux ouragans et d’El Niňo défavorable).

Les modèles quant à eux diffèrent assez largement quant à l’évolution des SST, d’ici la fin de l’été l’EURO étant le plus agressif avec un El Niňo modéré à fort.

Quant au CFSv2, bien meilleur que l’EURO de l’année dernière, il montre une phase neutre d’ENSO, mais depuis le début du mois de mars semble amorcer une tendance vers un scénario proche de l’EURO pour la fin de l’été.

En cette période de l’année appelée  « The Sping Barrier » par mes collègues nord américains, il est très difficile d’avoir une idée claire et nette de la situation, mais pour l’instant nous pensons qu’un épisode neutre est assez probable, donc un plus pour une saison moyenne au-dessus de la moyenne. Quid de l’atlantique ?

                 La moyenne sur l’atlantique

11.3 Tempêtes      6.2 Ouragans        2.3 Cyclones Majeurs

Quant à l’atlantique, après un épisode chaud en 2017, il présente en ce moment une configuration d’AMO- ou tout simplement une distribution d’anomalies de températures négatives en fer à cheval du nord-ouest de l’Europe jusqu’à l’Ouest du continent africain.

Ce genre de situation est généralement peu favorable à des saisons actives. Les modèles comme l’EURO montre la continuité de ce phénomène au cours de l’été,

Le CFSv2 est un peu plus réservé, mais n’indique pas d’anomalies positives importantes sur le bassin atlantique.

Ainsi nous avons des signaux mitigés, et en se référant a des années dites analogues c’est-à-dire ou la distribution des SST sur les deux bassins étaient proches, on se retrouve avec les années qui ont produit des saisons cycloniques peu actives  comme 1974, 1976,1968, 1982,2011

En se basant sur une sorte de  » blend  » de ces années et de la probabilité de genèse d’El Niňo, d’ici le milieu de l’automne, nos prévisions préliminaires s’établissent comme suit

Tempêtes    11   à   14

Ouragans       5   à   7

Majeurs         3   à   4

En me basant sur les modèles, je pense qu’en 2018 les cyclones atteindront leur intensité maximale un peu pus au Nord ou au Nord-est des Antilles. Mais rappelez-vous ,il n’en faut qu’un pour qu’une saison apparemment peu active se transforme en cauchemar !

 

PS

Nos prévisions définitives arriveront au début du mois de mai avec des précisions pour l’île d’Haïti.

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Rudolph Homère Victor

Météorologiste

AMS

Mr météo.info tous droits réservés avril 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rudolph Homere Victor

Meteorologiste

AMS

Saison cyclonique 2017, à quoi faut-il s’attendre au cours des prochaines semaines ?

La saison cyclonique en cours restera gravée dans la mémoire collective des habitants de la région et dans les livres des compagnies d’assurance. Les derniers ouragans ont en effet infligés de graves dommages aux régions comme le Texas, les îles aux vents et Sous-le-Vent et certaines grandes Antilles comme Cuba et surtout Porto-Rico qui a été dévasté par l’ouragan Maria en milieu de semaine. En terme de statistique, 2017 restera une année extraordinaire avec huit ouragans à date ; elle rentre dans le cercle très fermé des deux seules saisons à avoir produit huit ouragans consécutivement. Autre tour de force, l’énergie cyclonique accumulée ( ACE ) au 24 septembre était de 185 (au 24 /9), la 3e la plus élevée après 1933 (220) et 2004 (207), alors que le mois de septembre en cours a généré un ACE de 155 le record absolu pour tous les bassins cyclonique. Le mois de septembre a également produit le plus grand nombre de jours d’ouragan (les jours ou au moins un ouragan est présent sur l’atlantique) 17.5 jours ;  le précédent record remontait à 1961. Quels sont les facteurs à l’origine d’une telle activité ? Les changements climatiques sont-ils en cause ? Comment se présente la fin de la saison ?

Le niveau d’activité sur le bassin atlantique est lié à plusieurs facteurs, dont les températures océaniques sur notre région (plus l’atlantique est chaud, plus il devrait être favorable), la présence ou non d’El Niño sur le pacifique et l’ampleur du cisaillement sur l’atlantique et les caraïbes et enfin du comportement de l’Oscillation de Madden Julian. Avant le début de la saison, j’étais assez réservé, vu que plusieurs modèles et non des moindres simulaient un El Niño sur le bassin. Mais très vite les eaux sur le pacifique ont commencé à se refroidir sous l’influence d’alizés de plus en plus forts, qui ont provoqué de remonter d’eau froide sur le pacifique Est et le centre de cette région; pendant ce temps l’atlantique et la mer des caraïbes continuaient de se réchauffer. Ce phénomène a culminé vers les mois d’août et de septembre.

Ci-dessous une analyse des conditions existant sur atlantique en août.

 

                         L’index de la TNA

La zone désignée TNA (indexe des températures sur l’atlantique), lorsqu’il est élevé et qu’El Niño n’est pas présent, les conditions deviennent très favorables sur la région, et durant les derniers mois non seulement El Niño était absent, mais l’index de la TNA était presque aussi chaud qu’en 2005. Quand cet indexe est faible, la pression est beaucoup plus faible sur la région subtropicale (MDR, l’atlantique tropical et les caraïbes) ce qui favorise le développement des systèmes tropicaux.

  Teintes froides ( bleus) indiquent des pression anormalement basses

Les pressions élevées se sont déplacées vers le Nord et le Nord-ouest de l’atlantique avec l’anticyclone sur l’Ouest et le Nord des USA. La voie vers le Nord s’est trouvée bloquer pour les ouragans qui se sont donc dirigés vers les caraïbes et le golfe du Mexique avec les conséquences que l’on sait.

  Les couleurs vives indiquent des pressions anormalement élevées

De plus, avec le développement de la Niña sur le pacifique, le cisaillement s’est considérablement réduit sur l’atlantique, ce qui a favorisé l’éclosion d’ouragan assez puissant (Irma 185 m/h, Maria 165) et 4 ouragans majeurs.

        Les saisons ou la Niña est présente ont souvent  ACE élevée

                                    En bleu l’énergie cyclonique accumulée des saisons marquées  par la Nina

Le cisaillement était au-dessous de la normale en septembre

 

Comparaison entre les valeurs du cisaillement sur la région au cours des 3 dernières années

Cette forte activité, a été aussi rendu possible par le comportement de Madden Julian qui a créé des conditions favorables sur la région pendant pratiquement tout le mois de septembre en étant assez faible lors de phase dite peu active sur l’atlantique.

En bleu, les zones ou les conditions sont favorables

Les changements climatique ?
Cette saison bien qu’étant hyperactive suivant la définition du NHC ne dépasse pas 2005 qui détient le record d’activité avec 28 tempêtes, 15 cyclones dont 7 majeurs. 27 autres saisons ont produit 4 ouragans majeurs ou plus ; 10 constituent le record en ce qui a trait au nombre d’ouragans consécutifs et est toujours détenu par 1893, 5 autres saisons ont produit plus de jours d’ouragan majeurs que 2017 : 1893, 1926, 1933, 1961 et 2004. Autre
problème, peut-on comparer les données actuelles aux données datant d’avant 1966 ?  Non pourquoi ?

L’expert principal en cyclone tropical, Chris Landsea, de la division de la recherche sur les ouragans de la NOAA, a regroupé une liste des tempêtes de l’Atlantique en 1851. Il a déclaré:
« La base de données sur les ouragans de l’Atlantique (ou HURDAT) remonte à 1851. Cependant, comme les tempêtes tropicales et les ouragans passent une grande partie de leur vie au milieu de l’océan certains ne touchant jamais terre – de nombreux systèmes ont été «manqués» à la fin du XIXe et au début du 20e siècle Vecchi et Knutson 2008). À partir de 1944, une reconnaissance aérienne systématique a été entreprise pour surveiller à la fois les cyclones tropicaux et les perturbations susceptibles de se développer en tempêtes tropicales et en ouragans. Cela a permis d’améliorer le suivi , mais environ la moitié du bassin de l’Atlantique n’était pas couvert (Sheets, 1990). À partir de 1966, des images satellitaires quotidiennes sont devenues disponibles au National Hurricane Center, et les statistiques depuis lors sont plus complètes (McAdie et al., 2009). » Pour les ouragans qui frappent les côtes de l’Atlantique et du Golfe aux États-Unis, on peut remonter plus loin dans le temps avec des données  relativement fiables, car suffisamment de personnes vivaient le long des côtes depuis 1900.

Ainsi, des archives sont disponibles pour l’ensemble du bassin atlantique (de 1966 à 2016) et pour le littoral des États-Unis (1900-2016): L’amélioration de la surveillance a permis de découvrir  des perturbations tropicales qui ne l’auraient pas été avant 1966.

 

Si le nombre des tempêtes augmentent il est du a de meilleurs moyen de surveillance

 

Pour les ouragans majeurs le nombre n’a pas augmentées

Il est évident que de nombreux ouragans n’ont été probablement pas pu être localisés avant 1900 et même avant 1940. Cependant, depuis l’introduction des chasseurs d’ouragans, il n’y a pas eu d’augmentation du nombre d’ouragans majeurs. Nous assistons tout a un cycle des activités cycloniques peu actif durant les années 1970 et 80, lorsque l’AMO était en phase froide et actif durant la période chaude 1925 – 1965 ( AMO+).

Lors des phases froide de l’AMO l’atlantique est moins actif ( 1er image)


Contrairement au mythe populaire, l’année avec le plus d’ouragans majeurs n’est pas 2005, mais 1950 avec huit alors la concentration du CO2 était largement inferieure

Quatre ouragans majeurs au cours d’une saison (comme cela est le cas actuellement) n’est pas si exceptionnel. En fait, on compte 27 saisons oú il y eut quatre ou plusieurs ouragans majeurs ou plus.

 Les ouragans sont-ils plus puissants de nos jours?
Pas selon l’indice ACE, qui montre que les saisons cycloniques passées étaient aussi fortes que celles des dernières décennies, la plus prolifique en terme d’ACE étant 1933.

Au 20 septembre, l’atlantique a généré près de 47 % de l’énergie accumulée de l’hémisphère Nord, alors que la moyenne est d’environ 20 %, une façon pour notre planète d’essayer de rétablir l’équilibre énergétique (les cyclones redistribuent l’excédent d’énergie de l’équateur vers les pôles) puisque l’activité cyclonique est très en dessous de la moyenne sur la quasi-totalité du Globe. Si les changements climatiques étaient responsables, elle aurait été  partout au dessus de la normale

Comment se présente le reste de la saison ?

Les observations actuelles semblent indiquer un affaiblissement de la locomotive africaine et un renfoncement de la pression sur la région, des conditions qui cadrent parfaitement avec la climatologie qui montrent un déplacement de la zone de formation des ouragans de L’atlantique est vers l’ouest du basin et surtout sur la mer des Antilles entre les 21 et le 10 octobre.

Certes, avec la présence de la Nina et les eaux chaudes sur la mer des Antilles,

la persistance de l’oscillation de Madden Julian ( MJO ) sur notre région,

Le passage d’ondes de Kelvin active

Son autant de facteurs qui devraient favoriser la formation d’autres cyclones au cours des prochains jours.  La zone a surveillé sera l’ouest de la mer des Antilles ou les modèles indiquent une baisse de pression notable. Deux ondes tropicales se rapprochent et pourraient servir de catalyseurs sur cette région.

Les modèles indiquent une baisse de pression sur l’Ouest de la mer des Antilles avec la possibilité d’assister a la formation d’un cyclone tropical

Les probabilités de développement augmentent sur la région

Le sud du pays qui souffre d’un déficit pluviométrique depuis 2 ou 3 mois

Cyclone ou pas de fortes pluies devraient s’abattent sur les régions méridionales des cette fin de semaine pour culminer entre le lundi 2 et samedi 7 octobre. Il est encore tôt, mais il se pourrait que ses dernières soient suffisamment fortes et de persistante pour provoquer des inondations sur ces régions (Sud, Grande-Anse, Nippes, Sud-est et une partie de l’Ouest ).

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Rudolph Homère Victor

Météorologiste

AMS

Mr météo.info tous droits réservés septembre 2017