Un phénomène météorologique méconnu : Les “Heat Burst” parfois appelé tempête de Satan

Le 15 juin 1960, à Kopperl (Texas), un phénomène spectaculaire, la TEMPÊTE DE SATAN, brûle en quelques minutes toute la flore de la région. La température aurait atteint les 60°C avec 120km/h de vent. La scène est lunaire. Qu’est-ce qu’il s’est passé?

Tout d’abord, bien que le phénomène semble dorénavant identifié et documenté (quelques décennies plus tard), les valeurs de températures ne sont pas officielles mais correspondent bien aux brûlures sur les végétaux et des systèmes respiratoires humains. https://en.wikipedia.org/wiki/Kopperl,_Texas

Ce qui s’est passé ? Il s’agit d’une compression de l’air au sol due à l’effondrement d’un orage. Le nom scientifique est le HEAT BURST. L’air d’altitude vient se comprimer au sol en se réchauffant violemment (un peu comme une pompe à vélo qui est chaude après utilisation).

Cette théorie est confirmée par la présence d’éclairs sans précipitation (orage sec) à proximité de la ville ce 15/06/1960. Ce heat burst s’accompagne également d’un effondrement de l’humidité et des vents violents. Autre exemple à Sioux Falls : https://ericsweatherlibrary.com/2015/08/12/heat-bursts/

Hausse de la température + vents violents + basse humidité = VIOLENT “effet sèche cheveux” sur la végétation (une incroyable hausse de l’évapotranspiration). La plante perd toute son eau en quelques minutes. En France, cela a été observé le 28 juin 2019 : https://labs.itk.fr/2019/07/11/canicule-que-sest-il-passe-le-28-juin-2019/

Ce phénomène n’est pas isolé. Il a été observé de nombreuse fois comme par exemple le 11/07/1909 avec 58°C en Oklahoma. Voire même en France, dans une moindre mesure, comme à Arquettes en Val le 12 juillet 2021 (de 19.8°C à 34.6°C en 30min avec 131 km/h) ! https://www.rtl.fr/actu/international/meteo-qu-est-ce-que-le-heat-burst-qui-a-touche-les-pyrenees-7900053945

D’autre cas, encore moins officiel ont peut être eu lieu. Par exemple le 6 juillet 1949 au Portugal (38°C à 70°C) ou encore en juin 1967 en Iran avec 87°C.

Sources Dr Sere Zaka, Eric’s Weather Library, ITK.FR

Rudolph Homere Victor

Mrmétéo.info

Météorologiste

AMS

Tous droits réservés octobre 2021

Saison cyclonique 2021

Après une période relativement calme sur la mer des Antilles (2009-2015) marquée surtout par un refroidissement des températures océaniques et l’exceptionnel El Niño de 2014-2016, nous observons une augmentation de la fréquence des ouragans sur la région. En effet, les insulaires ont encore en mémoire la terrible saison 2017 qui causa tant de dévastations sur le nord-est du bassin caribéen, de l’automne 2016 pour nous autres avec Matthew et plus près de nous 2020 avec les puissants Êta et Iota qui balayèrent à quelques jours d’intervalles les côtes Nicaraguayennes.

La saison cyclonique 2020

Ces saisons actives et dévastatrices ont été en grande partie dues à des températures océaniques au-dessus des normales (AMO+), mais aussi, et surtout par la présence de la Niña sur le Pacifique. À environ deux mois de l’ouverture de la saison, le puzzle atmosphérique et océanique se met lentement en place, mais n’est pas facile à déchiffrer (pas encore). Comment sera la saison 2021 ?  Doit-on s’attendre à un retour au calme, ou assistera-t-on à un renforcement de la tendance amorcée en 2016 ?

L’activité cyclonique fluctue considérablement sur l’Atlantique. Les périodes relativement calmes succèdent aux périodes actives et vice versa. Ces cycles sont liés sur des échelles décennales aux cycles de L’Oscillation Multi-décennale de l’Atlantique (AMO) qui durent 40 à 70 ans. En effet,  aux phases froides moins actives de ce phénomène océanique (1900-1925,1969-1994) succèdent des périodes actives (1926-1965, 1994…). La fréquence des ouragans dépend aussi, sur des échelles plus réduites (interannuels), aux phases de l’Oscillation australe (ENSO) sur le Pacifique (El Niño et la Niña) ou les périodes chaudes  (Niño) induisent des conditions hostiles aux ouragans sur l’Atlantique (2009/2007/2014-2015) alors que la Niña favorise des saisons actives (1998, 2017, 2020, etc.). D’autres facteurs entrent également en jeu, comme l’intensité de la mousson africaine, le rôle de la latitude moyenne, la fréquence de la brume de sable du Sahara ( SAL) et de l’intensité de ses épisodes , etc. Toutefois, pour ces prévisions et pour ne pas trop compliquer la tâche de nos lecteurs, nous tiendrons surtout compte des températures sur l’Atlantique et le Pacifique (AMO et ENSO).

Le Pacifique El Niño absent

La Niña a atteint son pic à la fin de l’automne, et s’est affaiblie ces dernières semaines et se sera probablement dissipée d’ici l’ouverture de la saison (au moment d’écrire ces prévisions, les services de météorologie d’Australie annonçaient la fin de la Niña).

Selon le BOM La Nina s’est dissipée

Les modèles de prévisions indiquent que le Pacifique sera en territoire neutre pour l’été et l’automne avec des risques d’un retour de la Niña vers le début ou la fin de l’automne.

Les previsions de la NOAA pour ENSO

Ce qu’il faut surtout retenir : El  Niño (qui est un bouclier pour les Antilles) ne sera pas présent cette saison, et que les saisons neutres sont souvent aussi actives que celles où prévalent Enso-.

L’Atlantique AMO toujours positif

L’AMO est positif  depuis 2016 (donc favorable aux saisons actives). Toutefois, il est  difficile de prévoir la configuration prochaine des SSTs sur l’Atlantique entre aout et octobre. Nous avons néanmoins des outils qui nous permettent de nous faire une idée de la situation future comme : les prévisions des modèles numériques surtout en ce qui concerne les anomalies de températures océaniques en raison de la grande inertie de l’océan  et les années dites analogues.

Ainsi, l’EURO, l’UKMET, le NMME,le CFSv2 montrent pratiquement toutes, des températures océaniques au-dessus de la normale sur l’Atlantique; donc favorables à une saison active (vu qu’El Niño sera absent), mais une configuration océanique moins inquiétante pour le bassin caribéen, car des eaux plus chaudes au nord de la zone de développement principal créent des conditions moins favorables à des trajectoires sur la mer des Antilles.

Idem pour Le CFSv2

Toutefois, ces mêmes MNP montrent une mousson africaine active sur l’Afrique de l’Ouest comme en 2020.

Le CanSIPP canadien montre des conditions favorables à une saison active sur l’Atlantique ( vert favorable en altitude, marron peu favorable)
Idem pour l’EURO
Un blend de l’UKMET et de l’EURO

Les années analogues

Nous nous servons aussi des années dites analogues, c’est-à-dire des années où existaient des conditions similaires. Ainsi, 1999-1975-1976-2012-2009 correspondent à ces critères et ces saisons ont produit en moyenne 11 tempêtes (toutes hormis 1976 ont eu des perturbations sur la mer des Antilles). Il faut toutefois noter qu’une de ces années était dominée par El Niño (2009) alors que deux autres saisons ont été sous des conditions liées à la période froide de l’AMO (moins active AMO-).

En bleu, les régions peu actives durant les années analogues alors que les teintes vives indiquent les zones plus actives ainsi que les trajectoires des ouragans.

Notre verdict

Étant donné qu’El Niño sera absent, que la Niña pourrait faire son retour, que les SSTs sur l’Atlantique seront au-dessus de la moyenne, que depuis 2003 le NHC nomme des systèmes subtropicaux (qui ont une origine non tropicale), que la technologie qui nous permet d’identifier des systèmes (qui ne l’auraient pas été il y a seulement quelques années) et le fait que le NHC nomme désormais des perturbations de maniere assez laxiste (on se demande pourquoi ?); les risques d’une nouvelle saison au-dessus de la moyenne sont donc plus élevés. D’après nos calculs, il y aurait 45% de probabilités qu’elle soit > moyenne, 35% proche des normales et 20% qu’elle soit en dessous. Nous devrions assister à la formation de 16 à 21 tempêtes, 6 à 10 ouragans, dont 3 à 5 majeurs avec un ACE compris entre 125 et 165.

80% de chances que l’activité cyclonique lors de la prochaine saison soit normale ou supérieure ont la normale

Le risque pour Haïti

Il semble moindre pour les Antilles, si la configuration prévue par les modèles comme le NMME, l’EURO ou le CFS se matérialisent. Cependant, il n’est pas exclu qu’un système d’envergure touche la région durant sa deuxième partie, surtout si La Niña fait son retour d’ici là. Je l’ai déjà dit et le répète, la période calme observée sur le RD depuis 22 ans est plutôt inquiétante pour eux (et pour nous), car elle constitue l’une des plus longues de l’histoire de ce pays avec lequel nous partageons.

Georges fut le dernier ouragan majeur à touche directement la RD et Haïti. Un type de trajectoire que nous n’avons pas vu depuis deux décennies.

Toutefois, les Bahamas, le Sud-est et l’Est des États-Unis, les Bermudes seront probablement des cibles de nouveau cet été et automne. Il faut néanmoins se préparer (toujours) au pire,  puisqu’il est impossible de prévoir à l’avance quand et où ces systèmes se formeront et leur trajectoire. Ces préparations doivent egalement prendre en compte d’autres phénomènes météorologiques et climatiques qui se produisent aussi durant cette période, comme : la brume de sable du Sahara qui peut causer des problèmes assez sérieux au plus vulnérables, des orages violents particulièrement sur les régions centrales où la foudre tue plus au moins une dizaine de personnes par an, des épisodes de chaleurs qui ont également des conséquences sur les personnes fragiles (hyper tendus, vieillard, etc.).

Rudolph Homère Victor

Météorologiste

AMS

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